Vous êtes ici : Accueil
> Origines > Emmi Pikler
(1) Extrait du Texte de J. Falk « Lóczy a 40 ans » 1986 - disponible à l’Association C'est, dans la Vienne des années dix neuf cent vingt qu'Emmi Pikler fait ses études universitaires et prépare son diplôme de pédiatre, à la Clinique Pirquet. Elle a toujours considéré et mentionné le Professeur Pirquet et le Professeur Salzer, chirurgiens-pédiatres à l'Hôpital Mauthner Markhof, comme ses premiers maîtres. C'est là qu'elle s'est familiarisée avec la conception de la physiologie et de la prévention qui devait, par la suite, déterminer toutes ses activités. Etudiant la pathologie, le diagnostic et la thérapie, elle observait aussi l'intérêt du professeur pour le mode de vie des enfants, dont il faisait prendre conscience à ses élèves et à ses collaborateurs. Par exemple, en plus des notions de diététique et de régime alimentaire, les jeunes médecins devaient d'abord s'initier aux soins et, plus exactement, aux moyens de rendre ces soins les moins pénibles possible pour les nourrissons et les petits enfants. Une règle stricte existait déjà qui interdisait de donner, même au nourrisson malade, une cuillerée de plus que ce qu'il acceptait volontiers au cours de ses repas. Les enfants malades, en fonction de leur maladie et de leur état, n'étaient pas obligés de passer leurs journées au lit, mais des " coins de jeux " étaient aménagés même pour les plus jeunes d'entre eux, ce qui, à l'heure actuelle, n'est pas encore mis en place dans beaucoup d'établissements pédiatriques. L'habillement même des nourrissons différait de ce qui était habituel à cette époque, et le fut encore longtemps : afin qu'ils puissent, par exemple, se déplacer librement ou bouger, leurs jambes n'étaient pas emprisonnées dans des langes mais leurs couches étaient ajustées pour former une culotte. Les enfants y compris les nourrissons, passaient plusieurs heures par jour, même en hiver, à l'air libre, sur les petits balcons de la clinique ou aux fenêtres transformées en balcons. Les enfants étaient bien protégés contre le froid mais, au lieu de les envelopper dans des couvertures, on les mettait dans des sacs de couchage. Emmi Pikler avait l'impression qu'à la clinique Pirquet, " ils avaient déjà institué de manière exemplaire, la collaboration avec les jeunes enfants " comme elle l'écrivait dans la préface de sa monographie sur le développement moteur. Mais elle pensait que le " premier commandement " de la section de chirurgie de Salzer était encore plus exemplaire, à savoir qu'il était possible de pratiquer sur un nourrisson ou un jeune enfant l'examen ou les soins les plus douloureux sans qu'il pleure si la personne qui le faisait, maniait l'enfant avec des gestes délicats, avec sensibilité, prêtant attention à cet enfant vivant, fragile et réceptif qu'elle avait entre les mains. A la section de chirurgie de cet
hôpital de faubourg, l'attention d'Emmi Pikler était
attirée par les statistiques sur les accidents. Chez les
enfants du quartier ouvrier environnant, où les enfants
jouaient et couraient dans les rues, grimpaient aux arbres et
s'accrochaient aux tampons de trams, il y avait beaucoup moins
de fractures et de commotions qu'ailleurs et, en particulier,
que dans les beaux quartiers de la ville, là, les accidents
se produisaient soit à l'intérieur de la maison,
soit au cours des promenades.
(1) Extrait du Texte de J. Falk « Lóczy a 40 ans » 1986 - disponible à l’Association Très tôt, Emmi Pikler
avait pressenti que le nourrisson, pour prendre, garder, ou abandonner
les différentes positions du corps, pour changer de posture
ou se déplacer, ou encore pour apprendre à se mettre
debout et à marcher, n'avait aucun besoin de l'intervention
de l'adulte, que l'enfant passif devenait une personne active
de même qu'elle doutait que cette intervention puisse accélérer
le développement du nourrisson. Et d'ailleurs, si tel était
le cas, elle ne pensait pas que cela constituait un avantage au
point de vue de son mode de vie et son développement. Etant donné que le développement de leur enfant répondait, dans tous les domaines, à l'attente de son mari et à la sienne, Emmi Pikler, de retour de Hongrie, devenue pédiatre de famille, a encouragé dans le même esprit, pendant une dizaine d'années, l'éducation de plus de 100 nourrissons et petits enfants. En prodiguant aux parents des conseils
mûrement réfléchis et très détaillés,
fondés sur ses observations régulières et
continues, elle les a aidés, avant tout, à avoir
confiance dans la capacité de développement de leur
enfant. En tenant compte des besoins de l'enfant, ils organisaient
soigneusement un mode de vie tranquille et harmonieux, en respectant
son rythme de sommeil et d'éveil, en établissant
un régime alimentaire équilibré mais simple,
défini avant tout par l'appétit de l'enfant. Ils
déterminaient aussi combien de temps l'enfant pouvait rester
dehors, hiver comme été. Emmi Pikler a rassemblé l'expérience
de toutes ces années dans son premier livre " Que
sait faire votre bébé ? " dont dix éditions
ont été publiées en Hongrie et à l'étranger.
(1) Extrait du Texte de J. Falk « Lóczy a 40 ans » 1986 - disponible à l’Association
Lorsqu'en 1946 Emmi Pikler est chargée
d'organiser et de diriger la pouponnière de la rue Lóczy,
elle se fixe trois objectifs : Grâce aux notes d'Emmi Pikler
et de Maria Reinitz, sa collègue devenue la première
nurse en chef de Lóczy, nous connaissons les conditions
difficiles dans lesquelles le travail a commencé à
la pouponnière qui, au début, comptait 35 places
au total : A propos du personnel, voici un autre extrait du journal de Maria Reinitz ; " Au cours de ces trois semaines, deux femmes de ménage, deux lingères et deux filles de cuisine ont quitté la maison. Pour le moment nous avons une femme de ménage qui ne travaille guère : elle a touché un si petit salaire que cela ne vaut pas la peine de travailler. La nourriture ne suffit pas non plus. La lingère n'accepte de travailler que parce que nous gardons sa petite fille ici La biberonnière ne cesse de répéter : " Bien, bien, je ferai exactement comme tu le dis, tu peux monter tranquillement ". Mais lorsque je redescends dans la cuisine, il n'y a pas d'eau chaude. Le morceau de tissu nécessaire à la préparation du jus de carotte n'a pas été ébouillanté. Je suis, semble-t-il, incapable de lui faire comprendre l'importance de cette opération. Elle le fait parce que je suis là mais estime certainement que c'est tout à fait superflu et s'en abstiendra sûrement la prochaine fois ". Mais le plus grand souci est causé par les nurses. D'après Emmi Pikler : " c'est avec d'énormes difficultés que nous avons lutté pour des choses absolument indispensables et nous avons encore eu plus de mal pour accomplir du bon travail. Les nurses détestaient ce style de travail qu'elles ne connaissaient pas ". Citons encore Maria Reinitz : " Les nurses sont pleines de méfiance. Elles ne sont pas surchargées de travail, mais l'idée ne leur viendrait pas de faire quelque chose avec soin et attention. Elles ne s'occupent pas des enfants, elles les changent, les " font manger " le plus rapidement possible, avec le moins de mouvements possibles et, si elles en ont la possibilité, font tout faire par le personnel de service. D'après elles, la tâche de la nurse consiste à s'occuper du linge parce qu'il faut sans cesse le distribuer, le changer, compter les pièces et en prendre note. Aussi, n'ont-elles pas de temps à consacrer aux enfants ". A la fin du troisième mois, elles renvoient toutes les nurses. Au lieu de nurses qualifiées, elles engagent des jeunes filles sans formation professionnelle, même ayant fait très peu d'études mais s'intéressant à l'éducation des enfants. Elles leur enseignent les soins, et pas simplement les techniques, mais aussi comment les enfants, même les plus jeunes, doivent se sentir à l'aise pendant ces soins. Elles apprennent à ces jeunes filles une méthode précise et cohérente : comment il faut donner à manger aux enfants, changer leurs couches les baigner et les habiller -justement pour qu'elles ne soient pas obligées de se presser au cours de ces opérations, qu'elles puissent s'occuper d'eux avec tendresse, tout en prenant en considération leurs besoins individuels et en réagissant à leurs signes. Elles leur apprennent les gestes délicats et fins, en soulignant tout particulièrement le fait que l'enfant - quel que soit son âge - est sensible à tout ce qui lui arrive, qu'il sent, observe, enregistre et comprend les choses ou bien, avec le temps, les comprendra, à condition que la possibilité lui en soit donnée. Elles leur apprennent aussi à observer les enfants, à essayer de comprendre ce que la position de leurs corps, leurs gestes et leurs voix expriment et à consacrer toujours assez de temps aux soins sans jamais se presser, à satisfaire leurs besoins selon les exigences de chacun. Elles leur apprennent encore que, pendant les soins, elles doivent parler, même aux nourrissons les plus jeunes, et que, par leurs paroles et leurs gestes, elles doivent leur avertir de tout ce qu'elles vont leur faire ou de tout ce qui va leur arriver ; qu'elles doivent faire attention à la manière dont l'enfant réagit à leurs paroles et à leurs gestes, qu'elles doivent lui donner la possibilité de participer par des gestes exprimant soit la collaboration soit la protestation, qu'elles doivent faire des efforts pour que l'enfant ait envie de faire ce qu'on attend de lui, sans le lui imposer. Elles leur apprennent encore qu'une nurse, travaillant par roulement avec un groupe de 10 enfants, doit coopérer avec les autres nurses et doit, dès le début, tenir un cahier pour chaque enfant, prenant note non seulement de son poids, de ces repas, de la quantité exacte de ce qu'il mange, etc., mais aussi de tout ce qui lui arrive et de tout ce qu'elle observe à son sujet. Finalement, les nurses suivaient attentivement - et notaient avec plaisir- toutes les tentatives et les manifestations de moindre importance du développement de l'enfant. Elles remarquaient, et comprenaient de mieux en mieux, que le nourrisson ou le petit enfant sain et équilibré n'avait pas besoin qu'on lui apprenne comment il devait marcher ou jouer mais que ses tentatives indépendantes et répétées, et les expériences acquises au cours de ses activités précédentes, lui permettaient de se développer avec joie, et le plus harmonieusement possible. Les nurses constataient et comprenaient aussi que le désir d'activité de l'enfant dépend également et dans une large mesure, de la joie, de l'intimité et du sentiment de sécurité qu'il éprouve pendant les soins avec un adulte bien connu. Ces deux principes fondamentaux, élaborés par Emmi Pikler lorsqu'elle aidait les familles à élever leurs enfants et qui constituaient donc la base de tout son système d'éducation, ont acquis une importance accrue dans des conditions institutionnelles, ils sont devenus une sorte de leitmotiv, un ensemble dont chaque élément présuppose l'autre.
Emmi Pikler, pédiatre et pédagogue (1902-1984) 1902 : naissance d'Emmi Pikler Reich à Vienne, de père hongrois et de mère autrichienne. 1920-1930 : études de médecine
puis de pédiatrie à Vienne, ville qui est, à
cette époque, un carrefour culturel, artistique et politique
dynamique et d'avant-garde, berceau de la psychanalyse. 1930 : elle se marie à Trieste
avec le pédagogue György Pikler. 1940 : elle publie son premier livre
écrit à l'intention des parents "Que sait faire
votre bébé" qui est plusieurs fois réédité
en Hongrie et traduit en plusieurs langues. En Allemagne, le titre
en est "Nourrissons paisibles, mères satisfaites"
! (2) Citation d'A. Tardos in « Bébé vécu, bébé connu" 2002 (Journée d’étude - Recueil disponible à l’Association) 1946 : le gouvernement hongrois
demande à E. Pikler de créer une pouponnière
pour accueillir les enfants orphelins et abandonnés, juste
après la guerre. Il met à sa disposition une grande
maison, sur la colline des Roses, à Budapest, au n°
3 de la rue Lóczy. 1961 : Lóczy devient Pouponnière
Méthodologique. 1970 : 1978 : E. Pikler prend sa retraite mais continue ses travaux de recherche jusqu'à son décès en 1984. 1986 : à l'occasion de son 40ème anniversaire, la pouponnière devient "Institut Pikler" en hommage à sa fondatrice. 2003 : à l'occasion du 100ème
anniversaire de la naissance d' E. Pikler est organisé
un Symposium international à Budapest "Grandir sans
violence". 1) - Ses principales découvertes : Myriam David, dans une journée d'étude(3) appelle brièvement quatre points concernant les principales découvertes d'Emmi Pikler : (3) Journée d’étude du 13/12/03, « Bébé vécu, Bébé connu »(Introduction du Dr Myriam David) 1er point : 2ème point : 3ème point : 4ème point : - Aire des soins corporels au sein d'une relation chaleureuse, intime avec la personne qui assure l'ensemble des soins et organise ces trois espaces. Cette intimité étant le fruit d'un regard attentif, permettant d'accéder à une connaissance du bébé réel, de ses progrès et acquisitions quotidiennes, de ses façons d'être, de ses capacités, celles déjà acquises, celles qu'il commence tout juste à exercer, celles qui s'annoncent, ceci favorisant la mise en uvre des soins bien ajustés à l'état du bébé. - Aire d'exercice de son
activité par lui-même : espace de jeu et d'activité
libre dans laquelle l'adulte n'intervient pas directement mais
qu'il prend soin d'organiser de façon à assurer
sa permanence quotidienne et la sécurité du bébé.
Le cadre de cet espace, sa dimension, ses limites, son contenu
étant pensés en fonction du développement
du bébé, de ses goûts et intérêts. - Aire de repos et de sommeil : la succession, le rythme, la durée respective, le contenu de chacun des espaces étant régulé en fonction de l'observation de l'état de l'enfant : état de développement, de vigilance, de fatigue, d'appétit, de satisfaction, etc. Afin que le bébé soit en état de bien-être corporel et qu'il puisse ainsi jouir pleinement de l'exercice de son activité spontanée dans chacun de ces espaces. 2) - Recherche et travaux sur la motricité : (4) (4) Texte de Miriam RASSE in Revue « Vers l’éducation nouvelle » n°406 p 60 à 65 octobre 1986 sur « Se mouvoir en liberté, dès le 1er age » : un livre d’EMMI PIKLER
Le docteur E. Pikler a découvert dans les années 30, à partir de l'activité motrice spontanée des jeunes enfants, un développement psychomoteur " physiologique ". Les stades de ce développement sont atteints uniquement à l'initiative des enfants, sans intervention " enseignante " de l'adulte. Après avoir observé ce développement dans des familles, E. Pikler a poursuivi sa recherche dans la pouponnière hongroise qu'elle a dirigée de nombreuses années. Le livre d'Emmi Pikler " Se mouvoir en liberté dès le 1er âge "(5) est une étude scientifique du développement de la motricité de jeunes enfants élevés dans cette institution. Une étude qui, grâce à de nombreux tableaux statistiques, révèle le comportement moteur de plus de 700 enfants sur une période de 17 ans de fonctionnement. (5) 1970 - Epuisé ; diffusion sous forme de polycopiés en accord avec les éditions PUF On y trouve aussi des comparaisons avec d'autres statistiques relevées dans plusieurs manuels de pédiatrie. La plupart de ces ouvrages font état du développement moteur de jeunes enfants évalué lors d'examens cliniques neurologiques ou sont constitués de conseils pédiatriques à l'intention des parents. La majorité de ces ouvrages spécialisés intègrent à leur description, comme préalable et accompagnement des processus de développement moteur, l'aide directe de la mère ou des parents dans l'acquisition des différentes étapes de ce développement ainsi que l'utilisation d'accessoires considérés comme naturels (car habituels), tels que les babyrelax, chaise haute, babytrot, parc, etc. Or, c'est en ces points que l'expérience
de l'Institut Lóczy se différencie des descriptions
de pédiatres. L'originalité de cette éducation, du point de vue du développement moteur, est la liberté proposée à ces enfants dès leur plus jeune âge et l'ouvrage d'E. Pikler relate l'observation de leur développement moteur dans leur vie quotidienne et non au cours de tests de leurs capacités. La liberté motrice consiste à laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l'enfant, sans lui enseigner quelque mouvement que ce soit.
Le nourrisson sera toujours posé sur le dos tant qu'il ne sait pas, de lui-même, se tourner sur le ventre. Cette position sur le dos est celle qui permet le plus de détente (absence de tension pour soutenir sa tête) et le plus de possibilités d'activités propres à cet age (tourner sa tête, mouvoir ses jambes, ses pieds, ses bras et ses mains, bouger son tronc). Un enfant ne sera jamais mis dans une position qu'il ne sait déjà prendre de lui-même (on ne le mettra pas assis, ni debout avant qu'il ne le fasse de lui-même), on ne lui apprend pas à acquérir ces postures : il les découvre de lui-même, à partir de sa maturation neurologique et au gré de ses intérêts et de son désir d'expérimenter un nouveau mouvement. L'enfant essaie de nouveaux exercices, non pas poussé par un adulte qui attendrait de lui performances et précocité, mais parce qu'il se sent prêt à explorer une nouvelle possibilité, il en a envie et s'en perçoit capable.
L'utilisation d'accessoires, de même que l'intervention directe de l'adulte dans l'acquisition de certains mouvements résulte souvent de l'inquiétude des adultes (" si on n'apprend pas à marcher à notre enfant, il ne saura jamais marcher tout seul ") ou d'un souci de fortifier les muscles et de lui faire faire des exercices moteurs. Or, toutes ces aides que l'adulte pense apporter à l'enfant entravent un développement harmonieux de sa motricité en provoquant des crispations empêchant la coordination de l'ensemble des parties du corps. E. Pikler a constaté chez tous ces nombreux enfants qui ont développé leur motricité de façon spontanée et par leur activité autonome, l'apparition successive de postures fondamentales. De plus, tous ces mouvements libres de l'enfant sont eux-mêmes autant " d'exercices de gymnastique " qu'il expérimente puis maîtrise peu à peu, et ce sont ces exercices répétés des centaines de fois qui vont permettre à l'enfant de découvrir l'organisation dynamique globale de son corps, de ses différents muscles et ainsi le préparer peu à peu à toutes les positions successives de plus en plus complexes dont finalement les postions assise et debout. Alors que l'enfant assis dans une chaise ou calé avec des coussins, avant qu'il ne sache s'asseoir de lui-même, va se trouver " cloué " sur place, immobilisé, réduit à une même et unique posture ; il ne pourra même pas jouer avec des objets car son équilibre est si précaire qu'un mouvement pour attraper un jouet tombé va le déséquilibrer. Ces enfants mis dans des positions qu'ils ne maîtrisent pas, restent tributaires de l'adulte malgré leur agilité et leur mobilité grandissantes dans d'autres postures, déjà maîtrisées. Cette liberté motrice permet à chaque enfant de se développer selon son rythme et les tableaux d'E. Pikler nous montrent une large dispersion des âges auxquels chaque enfant acquiert une nouvelle posture et favorise un bon équilibre, une bonne qualité de mouvement qui font constater, chez ces enfants, une grande harmonie et aisance corporelle.
Cette maîtrise de leur motricité se répercute sur le développement de toute la personnalité de ces enfants et influence leur développement psychique : ils acquièrent l'assurance dans leur corps ainsi que la prudence et apprennent à réagir avec adresse aux incidents inattendus et chutes qui peuvent accompagner leurs jeux. Ces mouvements participent à la construction d'une sécurité intérieure et d'une conscience de leur propre valeur, de leur compétence ; en expérimentant et découvrant leurs possibilités motrices, ces enfants développent un esprit d'initiative, une curiosité et un intérêt pour la découverte du monde, ils font preuve d'attention et de persévérance dans leurs tentatives ; ils découvrent le plaisir de l'activité riche, autonome et éprouvent un sentiment de réussite. Ces mouvements actifs des enfants, dont ils prennent l'initiative, jouent un rôle prépondérant dans le développement de l'intelligence : connaissance du corps propre mais aussi du monde extérieur et des objets. Ils participent à toute démarche d'apprentissage et donc de connaissance en général. Ce développement de l'activité
autonome des enfants ne signifie nullement l'indifférence
des adultes : chaque enfant a besoin de partager sa joie avec
un adulte qui lui est cher, lorsqu'il fait une acquisition nouvelle.
Les adultes sont attentifs aux progrès des enfants et y
participent en organisant un environnement approprié aux
besoins de développement de chaque âge et en recherchant
les conditions de cette activité autonome de l'enfant.
|